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Les cybermandaï/e/s ...
travaillent-ils / elles ?
et surtout désirent-ils travailler ?
Nous sommes à
la fois graphistes et minimexés, journalistes à la pige et
profs temporaires, employés dans des assoc et activistes, intérimaires
et écrivains, toxicomanes et enquêteurs, glandeurs et photographes,
animateurs et jardinier, étudiants et serveurs dans des bars, travailleurs
manuels indépendants et artistes de rues, chômeurs et musiciens
Et on peut combiner à linfini toutes ces possibilités.
Alors, quand on croise notre prof de primaire ou notre tante Eliane et quils
nous demandent Et quest-ce que vous FAITES dans la VIE ? ,
on est un peu perdu. Ce quon EST, on le sait ou on le sent-,
plus ou moins. Ce quon A ou plutôt ce quon nA
pas- ça, on en est conscient voire content-.
Mais quest-ce quon fait ?
Non, nous ne sommes pas réductible à ce secteur tertiaire
ou quaternaire qui annonçait une société des Services
et venait remplacer le prolétariat. Nous ne travaillons pas
dans le privé , même si nous avons parfois des contrats
pour des entreprises privées , nous ne sommes pas des
fonctionnaires, employés à vie dans le système bureaucratique,
nous ne sommes pas non plus de jeunes avocats attendant quelques années
les clients avant de reprendre un cabinet avec pignon sur rue
Mais alors qui sommes-nous ?
Nous sommes de plus en plus nombreux à nous sentir étrangers
aux différents modèles dinsertion et dintégration
sociale préparés pour nous par nos dirigeants sociaux-libéraux
ou même par lappareil syndical qui demeure dans une logique
productiviste, défenseur dun travail à tout prix et
à temps complet.
On entend bien, de-ci de-là, parler un peu des travailleurs immatériels
ou des intellos précaires , dans les suppléments
bobos de nos quotidiens.
Mais nous nous sentions seuls, même si nous sommes de plus en plus.
Et lon vous sentait aveugles à notre quotidien
Alors aujourdhui, nous nous montrons.
Cest sur nous que lEmpire a ouvert le feu à Gênes
cet été comme on avait autorisé les cops
américains à tirer sur les ouvriers, cette classe sociale
par qui on entrevoyait dautres possibles, un Premier Mai du siècle
dernier à Chicago-. Nous faisons peur, et souvent à nous-mêmes.
Nous sommes cette jeunesse sans attaches, ces électrons libres dont
le type de production est résolument en dehors du système
économique et social classique. Nous sommes ces nouveaux nomades
occidentaux qui vont de ville en ville pour samuser, créer
ensemble. Ou pour crier ensemble notre dégoût face à
ceux qui nous dirigent. Comme une nécessité dêtre
contre, dêtre ensemble autrement, comme une révolte transcendante,
sans quil y ait derrière les modèles uniques de substitution,
clé sur porte, de nos parents. Juste une envie de vivre ensemble
et plus les uns contre les autres. Juste un désir dessayer
dautres choses, dinnover ensemble. On nsait jams
et malgré tout. Par delà les limites de cet univers unidimensionnel.
Nous sommes des déviants, des mutants
Nous ne TRAVAILLONS pas selon lacception courante, nous ne nous INTEGRONS
socialement que par à coup, par bribes, entre parenthèses,
par intermittences, de contrats ponctuels en sous-statuts, dheures
en black en prestations bénévoles.
Et cest pour nous à la fois une réalité subie
et un choix. Ces réalités extérieures, nous avons bien
dû les intégrer, en faire un mode de vie ( aliénation
_ désir ) auquel soient intégrées nos valeurs.
Nous sommes des mutants. Le monde est en mutation. Nous participons au mouvement.
Nous, qui avons entre 20 et 40 ans, nous qui sommes les enfants de la fin
de lâge dor du capitalisme occidental daprès-guerreS,
nous qui sommes sortis de lécole au pire moment (que ce soit
à 14 ou à 28 ans), nous qui avons choisi de faire ce que nous
avions envie de vivre, sans laisser les impératifs économiques
guider nos choix de vie, nous existons.
On nous taxe de marginaux ou de profiteurs, mais de quoi profitons-nous
vraiment ? De ce qui reste du système de protection sociale à
leuropéenne, ou des possibilités que nous offre la vie
?
Comme si tous les chômeurs, minimexés et autres blobs
ne faisaient rien sauf du travail en black of course- ! Nous produisons
tous des choses dans nos vies, bordel ! Et puis du TRAVAIL, il y en a. Du
pain sur la planche, des ponts à construire et de nouvelles entités
à créer, il y en aura toujours !
Et nous ne parlons pas de faire un prêt à la Générale
pour lancer sur le marché une énième marque daprès-shampooing
12 en 1, un nouveau yaourt au trifidus actif, ou une start-up aromatisée
à la vanille ! Nous, ce quon veut produire, cest une
richesse sociale, quelque chose qui aide vraiment les gens à vivre.
On ne sen sortira pas par légocentrisme.
Quand laxe Berlusconi-Bush-Aznar-Blair & co nous dit que pour
le progrès de lhumanité, il faut toujours plus de marché,
plus produire et plus consommer PRODUIT-CONSOMME & CREVE-, nous
on vomit !
Léquation TRAVAIL= ARGENT = VIE nest pas la seule possible
pour lhumanité, et ce nest en tout cas pas la nôtre.
Il doit forcément exister dautres possibilités, dautres
histoires, peu-être une autre Histoire. Malgré Tout, on nsait
jams, alors allons-y pour voir !
Evidemment, le système politique en place et les minorités
qui en tirent profit Babylone comme disent les rastas- na aucun
intérêt à saventurer sur dautres voies,
jamais.
Mettre sur pied une Street Party des Cybermandai-e-s en ce Premier Mai 2002
à Liège, cest aussi du Travail, des heures passées
à créer, à échanger, à construire.
Comme tout le monde et de tout temps, nous nous organisons ensemble, pour
produire des richesses. Mais travailler à ne produire que de la richesse
ne nous intéresse plus. Aujourdhui, nous désertons le
Salariat. Qui sait, peut-être inaugurons-nous une nouvelle ère,
celle du Précariat ?
Ce qui compte, cest que nous sommes des hommes, et quensemble
nous construisons et partageons, même si notre production est moins
quantifiable.
Nous sommes des cybermandaï-e-s, et aujourdhui nous nous montrons
!
Sans faire du troisième
secteur (du travail bénévole) et du Cognitariat les deux
nouveau sujets économiques et politiques, comment ont tendance
à le faire certains, nous pouvons voir dans ce travail qui ne séchange
pas avec du capital, une des sources principales de production de la richesse
(si on entend cette dernière comme production de la relation, des
affects, de la communication)
[
] le revenu garantit découle de la nécessité
dexprimer politiquement et socialement une nouvelle ontologie, lontologie
des Multitudes. Misère, précarité, chômage,
travail salarié sont le résultat de la non-reconnaissance
de cette « productivité de lêtre » qui
déborde largement les limites des rapports de production définis
par nos néo-marxistes. Il ne sagit pas dabord dune
politique contre la précarité et la misère, mais
dune nouvelle conception du bien commun qui ressource dans une forme
de propriété fondée non plus sur la rareté,
mais sur le « rayonnement réciproque » propre à
la dynamique de la production des connaissances et des affects, sur la
coopération qui déplace et redéfinit lopposition
de la propriété collective et de la propriété
privée.
Lazzarato in Multitudes n°8.
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