La première street party des cybermandaï-e-s,
récit et analyse

 

Un p'tit bout d'histoire

Les cybermandaï-e-s sont une association de fait créée début mars à l'appel de blobs de l'Intersiderale et d'ailleurs. Très rapidement (il y aura seulement cinq A.G.) le groupe s'est élargit à d'autres collectifs et individus (une trentaine de personnes), venant essentiellement de Liège, mais aussi de Bruxelles.
L'idée était celle-ci : créer un espace politique au sens le plus large possible, c'est à dire qu'aucune plate-forme n'était préalablement écrite. Seule une idée maîtresse, " nos cybercapacités - c'est à dire, nos capacités communicationnelles, affectives et créatives - ont en commun d'être mandaïsées : Cybermandaï-e-s est notre nom, le premier mai ; notre fête. "
Un lieu de convergence aussi large permit à certains de s'approprier facilement le concept, alors que d'autres, pour la même raison, avaient du mal à se reconnaître. D'autres encore, trouvaient le terme " cybermandaï " un peu froid, car faisant référence aux nouvelles technologies. Mais tout le monde s'est accordé sur le fait que ces mêmes technologies étaient omniprésentes et difficilement négligeables (qui n'a pas au moins une puce dans sa poche ?). As donc été rajouté : " cybermandaï ; choix versus aliénation "
Un pamphlet a été écrit, sans avoir la prétention de répondre à la question, au contraire, pour certains, c'est un choix, pour d'autres une aliénation, et pour d'autres encore, les deux. " C'est dans cette logique dialectique que nous construisons, non pas une plate-forme revendicative - où la recherche d'un consensus à tout prix viderait de son sens les désirs individualisés -, mais au contraire une grosse forme désirante, où se reflètent, de façon chaotique et complémentaire, les aspirations d'une multitude. "
La Street party a permis d'offrir une visibilité, pour la deuxième fois en dix ans (1) , à une certaine "classe de travailleurs", immatériels pour beaucoup (social, artistique, intellectuel, informatique, etc.), précaires pour la plupart, et qui ne se reconnaissent pas/plus dans les structures de partis ou de syndicats. Au-delà de ces belles paroles, des liens entre des assoc's et des individus se sont créés ou solidifiés, par le biais d'un évènement concret (la street party), ainsi qu'un premier échange de points de vue (le pamphlet).

 

Basta les blabla

Le 30 mars, une soirée de rencontre et présentation du pamphlet prévue au CPCR (ancien Garcia Lorca du quartier Nord) n'a pas connu le succès escompté. Une quinzaine de personnes tout au plus. Mauvaise pub, probablement, mauvais moment, très certainement. Le but de cette rencontre, était bien entendu de présenter le projet à un public mais aussi et surtout permettre aux cybermandaï-e-s de se rencontrer.
Mais la veille au soir, beaucoup étaient au hangar, attelé à préparer le char, à l'entretien du matériel, ou au collage d'affiches, etc.
Le 1 mai, vers 9 heures, le petit chantier autour du char et du tracteur se remet en branle. Durant la matinée arrivera artistes de rue, musiciens, acteurs et autres mandaïe-e-s, créant dans le hangar une fourmilière psychédélique soutenue, tendue et euphorique (pleuvra-pleuvra pas, fra flic-fra pas flic)… Alors que ca jongle d'un côté, et maquille de l'autre, se succèdent les sounds check des musiciens et des dj's, les derniers tests sonores et des groupes électrogènes.
Vers 14h, les dernières consignes sont échangées, ainsi que quelques chopes et verres de sangria et le premier groupe part rejoindre le point de rassemblement au kiosque d'Avroy.
14h30, le char est sorti du hangar, et dans la rue, on y installe une structure amovible qui servira à bacher en cas de coup dur. La " voiture de sécurité " et la " voiture balaie " se mettent en place. Un premier combi de flics passe, RAS.
N'ayant pas démarrer depuis plus de trente secondes, est croisée une jolie contractuelle, qui regarde passer le convoi avec un grand sourire amusé. Les craintes que pouvaient avoir certains concernant la police s'estompent lentement dans un soleil éclatant.
Les opérations de mise en branle s'étant déroulée plus rapidement que prévus, la caravane sera obligée de patienter un bon quart d'heure dans une petite rue discrète, non loin du pont Kennedy, dans l'attente du coup de fil provenant du kiosque d'Avroy.
Il est 15h10, au kiosque, la foule commence à arriver. Une action est réalisée par un collectif bruxellois, action abordant la problématique de la répression, suivi d'une chorégraphie d'une troupe d'altermajorettes.
Le Convoi passe alors le pont Kennedy et vient se garer aux terrasses, sur le bld d'Avroy. De la drum & bass sort des enceintes. Les altermajorettes terminent leur show et 300 personnes sortent du parc à l'assaut du boulevard, parsemés de cybermandaï-es, crachant dans leurs instruments, ou en échasse dans des costumes inspirés, entre Mad Max, Matrix et les Schtroumfs, ce qui a le mérite de faire son effet aux automobilistes. Il est 15h30, la street party démarre dans l'allégresse vers la place St-Paul. Les quatres bandes de circulation sont " libérées "…
Quelques minutes plus tard, un combi arrive, sirènes hurlantes, d'une rue latérale et tente de gagner la tête du cortège, sans succès. Il est obligé d'attendre le passage de la joyeuse caravane, qui entre-temps a sensiblement grossi. Les flics se mettent alors en queue de cortège et observent toujours sans poser de questions. La street party avance cent mètres par cent mètre. Il a été convenu avec des camas de la place St-Paul d'arriver à 16h. C'est alors qu'un militant FGTB, passablement bourré, s'octroi le rôle de flic et tente de faire avancer le char en gesticulant. Quelques mandaïe-e-s l'entourent gentiment en lui demandant ce qu'il est censé vouloir faire. La seule chose (en bon flic) qu'il trouve à dire, avec un air de défi, est : " Vous avez les papiers, hein ? Vous avez l'autorisation peut-être !? ". Est décidé de le laisser gesticuler…
A 16h, le cortège entre sur la place St-Paul, entre-temps, deux combis supplémentaires ont pris la tête du cortège. Les négociations commencent. Comme la souligné Arnaud de Indymedia, le commissaire, qui devait être dans un de ces meilleurs jours, déclare : " Cette manif n'est pas autorisée, mais elle n'est pas interdite non plus ; quel est votre parcours ? "
Alors que ce négocie le parcours (négocier n'est pas le terme, les flics ont accepter le parcours), une partie du public de la place vient jeter un œil à ce qui se passe. S'engagent des conversations animées avec distribution de tracts et de pamphlets. Il est dommage de souligner que peu de militants, qu'ils soient syndicaux ou associatifs, ne sont venus entamer une discut avec les mandaï-e-s…
Un peu poussé par les flics, le cortège redémarre vingt minutes plus tard, passe la place Cathédrale et entre dans la rue Charles Magnette. Entre-temps, sur le toit du char, des cybermandaï-e-s empoignent basse, guitare batterie et micro pour démarrer un rock, comme dira encore Arnaud, " bien senti ".
Arrivé à hauteur de l'Ulg, on entend, plus loin derrière le cortège, des percussions. Une fanfare venu de Bruxelles rejoindra la street party, créant une sympathique cacophonie…
Le cortège passera par la place St-Lambert, la place du Marché, la rue Feronstrée pour terminer, vers 18h30, place St-Léonard.
Le sound système et quelques deux cents personnes resterons sur la place jusqu'à minuit sans être ennuyé, du moins par la police, car vers 23h30, un fou furieux " tirera " sur la foule avec un flingue d'alarme avant de déguerpir. Dans le courant de la soirée, un bus sound system appartenant à des allemands s'installera également sur la place, et fera un concert, illuminé par des cracheurs de feu.

On se serait cru à Porto Alegre!

 

(1) : Début des années nonante, lors d'élection communale, est créé un parti artistique éphémère, le Parti Pris Pour la Couleur. Lors d'un premier mai, il squate le défilé du PS, avec un cortège haut en couleur; sculptures mobiles, fanfare, déguisement, provoquant la colère de certains militants PS. La police malmènera plusieurs participants avant de les arrêter, et empêchera le PPPC de passer devant la tribune des officiels...